LA VALLÉE DE CAMPAN de JEAN-PAUL RICHTER
La Vallée de Campan,
traduction, notes et postface de Geneviève Espagne.
collection « Transferts »,
de Jean-Paul Richter
Editions Du Lérot
1991
« – Nous fûmes alors aspirés par les soleils. Entraînée par son poids, la terre sombra comme un passé – nous nous élevions, doucement balancés par des ailes semblables à celles que l’homme meut dans les beaux rêves – sublimes, l’étendue et le silence des océans se déroulaient devant nous, jusqu’aux constellations – au fur et à mesure de notre ascension les noires forêts s’allongeaient et prenaient des allures de nuées d’orage tandis que les montagnes couvertes de neige éclatante se transformaient en lumineux nuages laiteux – irrésistiblement notre sphère volait à la rencontre des éclairs muets d’une lune qui, tel un Elysée, brillait au bas de la voûte céleste puis, dans ce désert azuré, comme par magie, une rafale nous porta éblouis pour ainsi dire jusque dans l’intimité scintillante de l’astre… et, plus léger, battant loin au-dessus de la lourde atmosphère, le cœur avait le sentiment de voltiger dans l’éther et d’avoir pris congé de la terre sans s’être débarrassé de son enveloppe. – »