LA PETITE SIRÈNE DE COPENHAGUE
Poèmes lapidaires, taillés au ciseau, sculptés dans la matière du temps. Toute la poésie est là. Dans ce frémissement inaltérable.
Revue Sapriphage (n° 23 hiver 1995) : Le comédien - Bernard Montini l'est - se met en scène, c'est-à-dire qu'il place son corps en représentation. Il passe hors des lieux et du temps.
Bernard Montini se méfie de l'Histoire, cet aphorisme sanglant, une machine à coudre / dans la tête. Il préfère Effacer jusqu'aux dernières / traces ou sourires de n'être rien.
Ainsi ce corps qui disparaît s'applique-t-il à épouser l'espace du langage, sans être sur d'y parvenir :
Pauvres mots
Qu'il ne saura jamais
Investir
Cette poésie de l'incertitude pose le problème de l'identité : ce premier flocon / qui disparaît en silencieuse délicatesse / sur le banc du square / c'était peut-être lui. Peut-être, dans ces conditions, vaut-il mieux mourir sans un mot ? ou prendre le risque defaire semblant / jusqu'au dernier vers ?
Car le poète n'a rien à dire / sinon ce goût du rien / où chaque sourire sanglote
Un livre où le poids du corps finit par fondre dans le tremblé d'une écriture qui ne laisse monter à sa surface que l'incertitude du paraître. L'ombre de Guillevic y blanchit les mots.