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Père, ne vois-tu pas De Jacqueline Persini
Père, ne vois-tu pas
De Jacqueline Persini
Ce texte explore, à travers deux voix, la douleur du manque paternel et la quête de sens par la poésie.
Edition Tete a l'envers 2026
76 Pages
ISBN 9791092858747
Dans cet ensemble structuré en deux parties, se démultiplient, se superposent, se croisent deux voix, celle de la petite fille et celle de la poète, la fille devenue femme – il semble que le texte attribué à la petite fille soit en italique, c’est du moins ce que le lecteur pense d’abord mais les deux voix finissent par s’enchevêtrer. Le sujet pourrait s’énoncer comme le manque du père ou le manque de père. D’un côté, une partie du texte essaie d’attirer l’attention – « Pourquoi m’as-tu abandonnée ? » (p. 25) –, d’un autre côté, parfois, la poète revient sur cet abandon, tente de donner non pas une raison ou une explication à cette absence car c’est chose impossible, mais pose des questions dans une forme de prolongement du discours. Et les deux voix se font écho dans l’espace dételé du poème.
Ce qui laisse son empreinte dans l’esprit du lecteur, c’est le cri d’amour jamais vraiment entendu, c’est une douleur sournoise qui perdure depuis l’enfance en s’installant comme sentiment d’abandon et de manque pour devenir la chose essentielle sur quoi bâtir une identité est toujours délicat. La fille, puis la femme, en conçoivent un état de transparence et de dépendance à cette transparence : elles sont transparentes aux yeux du père. Pour lutter contre ce sentiment diffus, il existe peut-être une solution, le rêve d’une grosse fourmi – « Je me déposerais dans tes yeux / Et chaque jour tu me verrais » (p. 29). Parfois, s’amorce une réflexion mais aucune vérité n’est accessible, aucune objectivité ne peut faire source et s’écouler en emportant avec elle la présence irradiante d’un manque fondamental.
Tout est déjà dans le titre, où le « Père, ne vois-tu pas » peut s’interpréter comme un « rends-toi compte ». Une question sans question. Une question dans l’inachèvement dont l’expression ne souffre d’aucun pathos. De même le poème agrandit l’espace et l’énigme sans jamais juger. Il ne s’agit pas de vérité assénée sur le trouble ressenti ni de reproches pour évacuer la douleur, il s’agit d’émotion, d’incompréhension de cette émotion et si les personnages interrogent la réalité vécue selon deux temporalités, c’est assurément avec la conviction que la question ne donnera rien. Alors pourquoi questionner ? L’énigme de vivre n’a jamais de résolution et c’est dans cette irrésolution qu’il faut choisir de vivre.